|
ETIKA F |
DES SAINTS |
www.etika.com |
|||||
|
12JNJ3 |
Jeanne Jugan |
Dom Antoine Marie o.s.b., Abbaye Saint-Joseph de Clairval, F-21150 Flavigny-sur-Ozerain |
|||||
Le 3 octobre 1982, le Pape a béatifié Jeanne Jugan. Née à Cancale (Bretagne), le 25 octobre 1792, Jeanne Jugan a été baptisée le jour même. Elle est la cinquième de sept enfants. Son père, marin, disparaît en mer lŽannée où Jeanne atteint ses quatre ans. En 1803, Jeanne fait sa première Communion. À partir de ce jour, elle devient particulièrement obéissante et douce, empressée au travail, assidue à la prière.
Fin 1816, se déroule à Cancale une grande "Mission": une vingtaine de prêtres se répartissent les sermons, le catéchisme, le rosaire, les confessions, les visites à domicile, etc. À la fin de la Mission, elle refuse définitivement une demande en mariage. Sa mère lŽinterroge:
"Pourquoi as-tu refusé? Tu ne trouveras pas un meilleur parti. - Le bon Dieu me garde pour une uvre qui nŽest pas encore fondée", répond Jeanne.
LŽannée suivante, Jeanne quitte Cancale et sa famille pour servir le Christ dans les pauvres, et vivre pauvre avec eux. Elle entre comme infirmière à lŽhôpital du Rosais à Saint-Servan. Mais au bout de quelques années de service, elle tombre gravement malade. Une personne charitable, Mlle Lecoq, lŽaccueille chez elle. Pendant 12 ans, toutes deux vont mener une vie commune rythmée par la prière, la Messe quotidienne, la visite des pauvres, la catéchèse aux enfants. Après la mort de Mlle Lecoq, Jeanne rencontre Françoise Aubert, qui partage le même idéal de vie. Elles louent un logement et se dévouent au soin des pauvres. Bientôt une jeune fille de dix-sept ans, Virginie Trédaniel, se joint à elles.
Un soir, Jeanne rentre, lŽair préoccupé, de sa journée de travail. Françoise surveille la soupe, tout en filant sa quenouille. Jeanne lui dit:
"Je viens de visiter une personne bien à plaindre... Imaginez une vieille aveugle, à moitié paralysée, toute seule dans un taudis par ces premiers grands froids dŽhiver!... Françoise, si vous vouliez, on pourrait la prendre chez nous. Pour la dépense, je travaillerai davantage. - comme vous voudrez, Jeanne".
LŽaveugle se nomme Anne Chauvin. Dès le lendemain, Jeanne va la chercher et elle la couche dans son propre lit. LŽinfirme sŽinquiète:
"Comment ferez-vous pour me nourrir? Où alles-vous coucher si vous me donnez votre lit? - Ne vous faites pas de souci", répond Jeanne.
Quelques temps plus tard, une vieille demoiselle, Isabelle Quéru, grelottant de froid, frappe timidement à la porte. Elle a servi longtemps, sans gages, des maîtres ruinés. À leur mort, elle est demeurée sans abri, sans ressources.
"Isabelle, lui dit Jeanne, cŽest le bon Dieu qui vous envoie. Restez avec nous".
Une amie de Virginie, Marie Jamet, ne tarde pas à faire connaissance avec Jeanne et sa maisonnée. Le 15 octobre 1840, les trois amies fondent une petite association de charité dirigée par lŽabbé Auguste Le Pailleur, vicaire de Saint-Servan. Françoise Aubert consente à les aider pour les soins et les raccomodages, mais sŽestime trop âgée pour sŽengager davantage. En revanche, une jeune ouvrière de vingt-sept ans, très malade, Madeleine Bourges, recueillie et soignée par Jeanne, se joint au petit groupe. Ainsi, autour des deux femmes âgées, une petite cellule est née, embryon dŽune grande congrégation qui sŽappellera les "Petites Surs des Pauvres".
Dans ses tournées, Jeanne demande de lŽargent, mais aussi des dons en nature: des légumes, des draps usagés, de la laine, un chaudron, etc. LŽaccueil nŽest pas toujours bon. Un jour, elle sonne chez un vieil homme riche et avare; elle le persuade et reçoit une bonne offrande. Le lendemain, la quêteuse se présente à nouveau chez lui: cette fois, il se fâche.
"Mon bon Monsieur, lui répond-elle, mes pauvres aavaient faim hier, ils ont encore faim aujourdŽhui, et demain, ils auront encore faim..."
Calmé, le bienfaiteur donne à nouveau et promet de continuer.
Une autre fois, un vieux célibataire, irrité, la gifle. Humblement, elle lui dit:
"Merci; cela cŽest pour moi. Maintenant, donnez-moi pour mes pauvres, sŽil vous plaît!"
Tant de mansuétude ouvre le porte-monnaie du vieux garçon.
Jeanne Jugan a horreur de lŽoisiveté.
"La Sainte Vierge était pauvre, se plaît-elle à dire. Elle faisait comme les pauvres: elle ne perdait pas de temps, car les pauvres ne doivent jamais rester sans occupation".
Fin 1843, les Surs ont à demeure une quarantaine de personnes, hommes et femmes. Le 8 décembre, elles procèdent à des élections et Jeanne est réélue Supérieure à lŽunanimité. Mais, le 23,
lŽabbé Le Pailleur, de sa propre autorité, annule cette élection et désigne comme Supérieure Marie Jamet, qui nŽa que 23 ans (Jeanne en a 51). Il redoute, en effet, de ne pouvoir diriger la congrégation à sa guise avec Jeanne dont lŽexpérience et la renommée le gênent. Jeanne regarde le crucifix accroché au mur puis une statuette de la Vierge, et elle sŽagenouille devant sa remplaçante, pour lui promettre obéissance. Son rôle désormais sera celui de quêteuse.Unie au Christ, Jeanne accepte de bon cur les humiliations, et va même jusquŽà les aimer et les rechercher. ...
Jeanne est envoyée à Rennes. Avec lŽaide de saint JOSEPH, le 25 mars 1846, une maison est acquise. Jeanne reprend ses quêtes dans les villes de lŽOuest. On ouvre des maisons à Dinan, Tours, Paris, Besançon, Nantes, Angers, etc. À plusieurs reprises, parce quŽelle a conquis la confiance de tous, Jeanne sauve du désastre lŽuvre dont elle sŽest vue ôter la direction. Elle vient, obtient les fonds qui manquent, encourage les uns et les autres, puis sŽéclipse pour aider ailleurs.
Jeanne Jugan désire que les personnes âgées se sentent vraiment chez elles dans les maisons qui les accueillent. Un jour, à la fondation dŽAngers, elle sŽaperçoit que les vieillards mangent leur pain sec.
"CŽest le pays di beurre, ici, sŽécrie-t-elle. Comment nŽen demandez-vous pas à saint JOSEPH?"
Elle allume une vieilleuse devant une statue du Père nourricier de JÉSUS, fait apporter tous les pots de beurre vides et place un écriteau:
"Bon saint JOSEPH, envoyez-nous du beurre pour nos vieillards!"
Les visiteurs sŽétonnent ou sŽamusent de cette candeur. Mais une foi profonde se cache sous cette apparente naïveté. Quelques jours plus tard, un donateur anonyme fait envoyer un lot très important de beurre, et tous les pots sont remplis.
Après avoir servi le Christ par ses quêtes, la Bienheureuse va finir sa vie dans la silence. En effet, dans le courant de 1852, lŽabbé Le Pailleur lui enjoint de se rétirer à la Maison-Mère. Désormais, elle nŽaura plus de relations suivies avec les bienfaiteurs, ni de fonction notable dans la congrégation. Elle vivra encore vingt-sept ans, cachée aux yeux des hommes, occupée à dŽhumbles tâches ménagères, sans aucune revendication.
Au printemps de 1856, la Maison-Mère des Petites Surs déménage dans un vaste domaine acquis à trente-cinq kilomètres de Rennes: La Tour Saint-Joseph. Là, Jeanne prodigue ses conseils spirituels aux novices. Aux heures difficiles, elle dit:
"Allez trouver JÈSUS quand vous serez à bout de patience et de force, quand vous vous sentirez seule et impuissante; Il vous attend à la chapelle. Dites-lui: "Vous savez bien ce qui se passe, mon bon JÈSUS, je nŽai que Vous qui sachiez tout. Venez à mon aide".
Et puis, allez, et ne vous inquiétez pas de savoir comment vous pourrez faire; il suffit que vous lŽayez dit au bon Dieu, il a bonne mémoire".
Elle fait part aux jeunes de son expérience:
"Mes petites, il faut toujours être de bonne humeur; nos petits vieillards nŽaiment pas les figures tristes!"
"Dites en vous-mêmes: ,CŽest pour vous, mon JÉSUS!Ž"
Et encore:
"Il faut prier et réfléchir avant dŽagir. CŽest ce que jŽai fait toute ma vie. Je pesais toutes mes paroles".
Avant de partir, elle connaît une dernière joie. Le 1er mars 1879, Léon XIII accorde lŽapprobation définitive des constitutions des Petites Surs des Pauvres. La congrégation compte alors environ 2400 Surs et 177 maisons dŽaccueil. Le 29 août suivant, Jeanne sŽéteint doucement après avoir dit:
"Ô MARIE, ma bonne mère, venez à moi. Vous savez que je vous aime et que jŽai envie de vous voir!"
Une vie si humble devait porter beaucoup de fruit. Au seuil du troisìème millénaire, 3460 Petites Surs animent 221 maisons, réparties sur les 5 continents. Par une attention merveilleuse de la Providence, elles vivent toujours principalement de dons.
Bienheureuse Jeanne Jugan, qui avez été un "signe de la présence de Dieu dans lŽhistoire" (Jean Paul II), apprenez-nous à servir humblement notre prochain pour lŽamour de JÉSUS-CHRIST.
Dom Antoine Marie o.s.b.
Abbaye Saint-Joseph de Clairval
F-21150 Flavigny-sur-Ozerain
France: C.C.P. 56 18 78 A Dijon
Belgique: C.C.P. 000-13 39 871-10
Suisse: 19-5447-7 Sion
Index francais- - - - Retour ETIKA Start - - - - -